La démence à l’horizon 2050 : quels enjeux pour les infirmiers indépendants à domicile ?
Dans les années à venir, tu accompagneras de plus en plus souvent des personnes atteintes de démence. Cette évolution ne doit pas être source d’inquiétude, mais elle demande de bien se préparer.
Les recherches internationales et flamandes dégagent une tendance claire : avec le vieillissement de la population, le nombre de personnes atteintes de démence augmente fortement. De plus, leurs besoins en soins se limitent rarement à cette seule maladie.
Une forte augmentation à l’horizon 2050
Une étude internationale prévoit que le nombre de personnes atteintes de démence dans le monde passera de 57,4 millions en 2019 à 152,8 millions en 2050, soit une hausse d’environ 166 %.
Pourtant, le risque au sein d’une même tranche d’âge reste relativement stable. Cette augmentation s’explique surtout par la croissance et le vieillissement de la population : davantage de personnes atteignent un âge auquel la démence est plus fréquente. Pour l’Europe occidentale, les chercheurs prévoient une hausse d’environ 74 % d’ici 2050. Consulte l’étude internationale publiée dans The Lancet Public Health.
En Belgique aussi, les chercheurs prévoient une forte augmentation. Selon le Centre d’expertise sur la démence en Flandre (Expertisecentrum Dementie Vlaanderen), le nombre estimé de personnes atteintes de démence passera de 214 736 en 2025 à 353 357 en 2050.
Nous devons donc nous préparer à accompagner davantage de personnes ayant des besoins en soins complexes et de longue durée.
La démence s’accompagne rarement d’une seule maladie
Une étude flamande a analysé les données de patients âgés de 65 ans et plus, suivis au sein d’un réseau de cabinets de médecine générale. Les chercheurs ont constaté que la fréquence des cas de démence enregistrés avait plus que doublé entre 2000 et 2021.
En outre, en 2021 :
- 86,7 % des patients atteints de démence présentaient au moins deux maladies chroniques ;
- 74,8 % en présentaient au moins trois.
L’hypertension, l’arthrose et les troubles du métabolisme lipidique étaient les plus fréquents. Consulte l’étude flamande publiée dans BMJ Open.
En tant qu’infirmier à domicile, tu n’accompagnes donc pas uniquement une personne ayant des troubles de la mémoire. Tu es de plus en plus souvent confronté à une combinaison de déclin cognitif, de diabète, de maladies cardiovasculaires, de difficultés de mobilité, d’incontinence et de traitements médicamenteux complexes.
Qu’est-ce que cela signifie dans ta pratique quotidienne ?
- Tu repères rapidement les changements. Lors des soins quotidiens, tu es parfois la première personne à constater une confusion croissante, des erreurs de prise de médicaments, une diminution de la capacité à prendre soin de soi ou des conditions de vie devenues dangereuses à domicile. Consigne ces signes et parles-en rapidement avec le médecin généraliste ou l’aidant proche.
- La sécurité de la prise des médicaments demande une attention particulière. Une personne ayant des troubles cognitifs peut oublier un médicament, le prendre deux fois ou mal comprendre une modification du traitement. Vérifie donc régulièrement que la prise des médicaments reste sûre.
- L’aidant proche a lui aussi besoin de soutien. Sois attentif aux signes d’épuisement. En abordant les difficultés dès qu’elles apparaissent, tu contribues à prévenir les situations de crise et les hospitalisations évitables.
- Une bonne collaboration fait la différence. L’accompagnement d’une personne atteinte de démence demande des accords clairs entre le patient, l’aidant proche, le médecin généraliste, le pharmacien et l’infirmier à domicile. Partage les observations importantes et définissez qui intervient.
Comment préparer ta pratique ?
Tu peux dès aujourd’hui prendre quelques mesures concrètes :
- Consigne soigneusement les changements. Note ce que tu observes, à quel moment le comportement apparaît et ce qui a changé.
- Vérifie la sécurité de la prise des médicaments. Assure-toi que le patient comprend son traitement et le prend correctement.
- Va au-delà du geste technique. Profite de chaque soin pour observer aussi le comportement, l’alimentation, la mobilité, la capacité à prendre soin de soi et la sécurité.
- Définis des accords clairs avec le réseau de soins. Précisez qui transmet les informations et qui intervient lorsqu’un changement est constaté.
- Sois attentif aux limites des aidants proches. La fatigue, la frustration et le sentiment d’impuissance peuvent être des signes d’épuisement.
- Adapte ta communication à la personne atteinte de démence. Parle calmement, utilise des phrases courtes, transmets un seul message à la fois et continue à t’adresser directement au patient.
Être proche, rester attentif et faire le lien
L’augmentation du nombre de personnes atteintes de démence appelle une préparation, sans céder à l’inquiétude. Pour les infirmiers indépendants à domicile, elle implique des soins plus complexes, davantage de collaboration et un rôle accru dans l’observation et le repérage des changements.
L’accompagnement des personnes atteintes de démence devient une composante incontournable des soins infirmiers à domicile de qualité. C’est précisément là que tu fais la différence : par ta proximité avec le patient, ton attention aux changements et ton rôle de liaison entre le patient, l’aidant proche et les autres professionnels de santé.
ConnectGroep collabore avec plusieurs associations de patients et organisations spécialisées, dont alzheimer.be. En partageant les connaissances et les expériences, nous renforçons le soutien aux infirmiers à domicile, aux personnes atteintes de démence et à leurs aidants proches.